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Oubliez ce que vous pensiez savoir de la musique argentine. Ecoutez plutôt ce que Maria de la Paz vous en chante. Non, n’oubliez pas tout. Bien sûr que sa voix vient, latine, d’Outre Atlantique. Bien sûr qu’elle est de cette terre – l’Argentine, qu’elle en porte l’histoire – parfois cruelle – aussi naturellement qu’un cépage ne peut faire oublier son terroir d’origine, même planté à l’autre bout du monde. La voix de Maria de la Paz est donc argentine comme une langue est maternelle. La sienne, c’est l’espagnol.
Il a fallu que Maria de la Paz quitte l’Argentine pour revenir au tango. Il a fallu qu’elle s’installe en Suisse – 10 ans déjà – à la recherche des origines bâloises de sa famille, pour qu’elle retrouve en elle la voie, la voix du tango, le poème de Buenos Aires. Depuis, elle voyage régulièrement entre ses deux horizons : l’enfance en Nouveau Monde et sa vie de femme musicienne en « Vieille Europe ». Elle a fait de nombreuses apparitions sur scène, ici en Romandie (Lausanne, salle Paderewski ; Genève, l’Alhambra ; Beausobre à Morges ; Neuchâtel, le Théâtre du Passage), en Suisse alémanique (Berne, St-Gall) et là-bas, où elle fut notamment invitée à chanter avec le prestigieux orchestre de tango Filiberto, à Buenos Aires.
Avec la maturité de celle qui a su se perdre pour mieux se trouver, elle nous propose avec ce concert de retrouver les musiques de son pays natal et d’ailleurs. Dans l’océan des sentiments orageux, des émotions déboussolées, le tango est un repère. Il dit que nous sommes des mammifères dérisoires, mais pas dénués de beauté. Il dit que le spectacle du monde est absurde, mais que notre besoin d’aimer nous sauvera, écorchés peut-être, mais vivants.
Embarquons en toute quiétude. Parce que le tango n’est pas un folklore, mais un art vivant, nous découvrirons quelques créations récentes.
Le timbre d’une voix, c’est un paysage. Celui-ci a l’énergie des océans parcourus, le relief des histoires accidentées. Il s’ouvre parfois sur une calme vallée. La pleine lune en adoucit les ombres - toujours menaçantes, les ombres. C’est un paysage ample et contrasté. Maria de la Paz nous y attend. Le chant est sa maison, animée, chaleureuse. Nous serons réunis par sa voix comme autour d’une grande table. Elle a préparé des mots élaborés, en a fait des chansons. Ses chansons.
Le matin viendra. Et nous pourrons rentrer, tristes et gais, peu importe. C’est la même chose, non ? Mais le cœur vibrant. Maria de la Paz sera-t-elle en paix de nous avoir tant donné ?
Nous ne quitterons pas l’embarcation sans regrets. Ce n’est pas tous les jours qu’un humain ouvre nos cœurs en même temps que le sien.
Marie Perny